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Zidane traverse une période de doutes, mais qui mieux que lui peut incarner le présent et l’avenir du Real Madrid ?

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Zidane
Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2016-11-03T14:26:33.536Z, mis à jour 2016-11-07T15:03:34.269Z

Zinédine Zidane a connu une ascension fulgurante au Real Madrid. Mercredi soir en Ligue des Champions, il a dirigé son centième match à la tête d’une équipe merengue. Malgré un début de mandat honorable et plusieurs trophées, le Français ne fait pas l’unanimité en Espagne. Sous le feu des critiques, il pourrait voir sa place menacée. Aucun entraîneur n’est pourtant mieux armé que lui pour maintenir le Real Madrid au sommet.

« L’une des décisions dont je suis le plus fier, et qui m’a apporté le plus de satisfaction comme président, a été de recruter Zidane, d’abord comme joueur et désormais comme entraîneur. Zidane symbolise tout ce qu’est le Real Madrid. » A la Maison Blanche, la déclaration de son président, Florentino Pérez, a eu son petit effet. Pourtant, et même les plus patients d’entre nous le savent, tout va très vite dans le football, peut-être trop. Lors de l’intersaison 2014, Zinédine Zidane devient l’entraîneur du Real Madrid Castilla. Un an et demi plus tard à peine, il prend la succession de Rafael Benitez à la tête de l’équipe première. Un fossé de franchi pour un entraîneur quasiment sans expérience, et sans élan. Alors qu’on parlait de lui aux Girondins de Bordeaux ou à l’Olympique de Marseille, le Ballon d’Or 1998 s’est jeté directement dans le grand bain. Un pari réussi pour Pérez, qui a rapidement garni sa vitrine d’une onzième Ligue des Champions. Le conte de fée a pourtant tourné au vinaigre ces dernières semaines. Aux premiers coups de vent, la presse espagnole a remis en cause la propension de Zidane à diriger le navire merengue. Malgré la tempête médiatique qui s’abat sur lui, Zizou garde le cap. Personne d’autre que lui ne peut garder le Real Madrid au sommet.

Un début de saison fragile

Si le Real Madrid est actuellement en tête de la Liga, l’équipe connait un début de saison mitigé. Après dix journées, la bande à Zidane compte 24 points, soit autant que l’exercice précédent à la même période. Quelques semaines plus tard, Rafael Benitez était limogé. Faut-il y voir un signe annonciateur pour l’entraîneur français ? Probablement pas, même si son équipe a connu quelques coups durs. Après quatre succès de rang en ouverture du championnat, Modric, Benzema et consorts ont calé. La Maison Blanche est restée sur quatre matches nuls consécutifs, toutes compétitions confondues. Ainsi, le Real Madrid n’a pas réussi à battre Villarreal (1-1), Las Palmas (2-2), le Borussia Dortmund (2-2) et Eibar (1-1).

Plusieurs facteurs expliquent cette mauvaise série. Le premier, et certainement le plus influent, la méforme de Cristiano Ronaldo. Le Portugais a traversé une période noire, probablement la plus sombre de sa carrière en Espagne : quatre matches sans faire trembler les filets en Liga, autant dire une éternité pour un homme qui tourne à une moyenne d’un but par rencontre depuis son arrivée au Real Madrid.

Zinédine Zidane a également et doit encore composer avec un effectif miné par les blessures. Sergio Ramos, Pepe, Modric, Carvajal, James Rodriguez et Casemiro sont actuellement sur la touche. Privé de cinq de ses habituels titulaires, le technicien français doit bricoler son onze de départ avec un banc qui a largement montré son manque de profondeur. Nacho doit dépanner sur les côtés de la défense et Kroos est contraint de reculer plus bas sur le terrain. Malgré cette cascade de blessures, Zidane a su maintenir le Real Madrid à la surface et trône toujours en tête de la Liga.


« Zinédine Zidane est un entraîneur médiocre »

Il n’en fallait en tout cas pas plus pour que les principaux titres de presse espagnols réclament la tête de Zinédine Zidane au Real Madrid. Pour beaucoup, l’entraîneur est incapable de diriger les Merengue. Certains journalistes se sont même montrés particulièrement acerbes, d’un ton dénotant fortement avec celui du double Z. « Le Real Madrid ne joue pas au football cette saison et ceux qui doivent marquer ne marquent pas. Zidane est un entraîneur médiocre. L’équipe ne joue pas au football et sans jouer au football, on ne peut pas gagner. C’est seulement un "motivateur", pas un entraîneur », a tonné José Joaquim Brotons, spécialiste du Real Madrid pour la radio Cadena Cope. AS y est également allé de son commentaire, jugeant « Zidane dans son labyrinthe » pour qui « les supporteurs commencent à douter. »  

Pas hermétique aux critiques, Zinédine Zidane a reconnu que son aventure au Real Madrid ne serait pas une sinécure. Le Français se sait dans le club le plus exposé au monde, le plus soumis aux dictats des résultats et du beau jeu. Début octobre, lors de la mauvaise passe de son équipe, il révélait ses craintes à RMC : « Je n'ai pas peur d'être viré. De toute façon, ça va arriver. Dans six mois, et si ce n’est pas dans six mois, c’est dans un an… Tous les jours, de ma voiture jusqu’au vestiaire, je profite… Je contemple même les arbres qui sont là. Je me dis que j’ai une chance inouïe, et je me régale. Tu ne peux pas faire mieux, c’est le top du top là. Donc je n’y pense pas. » Des déclarations loin d’être anodines, qui démontrent bien sa connaissance de son environnement. Plusieurs têtes bien faites sont tombées avant lui.

L’exigence des résultats et du beau jeu

En Espagne, il se murmure même que le Real Madrid chercherait déjà le successeur de Zinédine Zidane. Hans-Joachim Watzke, directeur sportif du Borussia Dortmund, a révélé à la ZDF que la Maison Blanche suivait de près les progrès de Thomas Tuchel.

Durant sa riche histoire, le Real Madrid s’est construit la réputation d’un club intransigeant envers ses entraîneurs. Si les résultats ne suivent pas, si la qualité du jeu laisse à désirer, le technicien a de grands risques de sauter. Et quand bien même l’entraîneur remplit ces deux objectifs, il peut être remercié. Les exemples récents ne le contrediront pas. En 1999, Guus Hiddink n’avait pas su se montrer assez ferme avec ses joueurs et avait été mangé par son vestiaire. Cinq ans plus tard, Carlos Queiroz payait de plein fouet l’échec des Galactiques, qui n’avaient remporté aucun titre. En 2010, malgré la bagatelle de 96 points et une place de dauphin en championnat, Manuel Pellegrini était remercié. Si le Real Madrid doit briller dans son royaume, il doit aussi être conquérant en Europe. Brutalement éliminé par l’Olympique Lyonnais en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, le Chilien l’avait appris à ses dépens. Le couperet fut encore plus soudain pour Carlo Ancelotti, Bernd Schuster et Fabio Capello, respectivement vainqueurs de la Ligue des Champions, et du championnat espagnol, puis limogé quelques mois plus tard. Rafael Benitez n’avait, quant à lui, pas su gérer les différents égos du vestiaire.  

Quatre conditions semblent donc se dégager pour qu’un entraîneur réussisse et perdure au Real Madrid : il doit briller en Liga et en Ligue des Champions, avoir les faveurs de son vestiaire et produire un beau jeu. Ces conditions, Zinédine Zidane les remplit toutes.

Un premier bilan honorable pour Zidane

Mercredi soir, Zinédine Zidane disputait son centième match en tant qu’entraîneur à la tête d’une équipe du Real Madrid (Castilla plus A). Malgré une contre-performance face au Legia Varsovie (3-3), son bilan est plus qu’honorable. Le Français compte 58 victoires, 26 nuls et 16 défaites. En 2016, son Real Madrid n’a d’ailleurs mordu la poussière qu’à deux reprises. (2-0 face à Wolfsbourg et 1-0 contre l’Atlético Madrid). Pour une équipe qui a notamment croisé le fer avec le FC Barcelone, Manchester City, le Borussia Dortmund et le FC Séville, c’est peu.

A son arrivée au Real Madrid, Zinédine Zidane a su extirper son équipe d’une mauvaise situation pour effectuer une remontada que beaucoup pensaient impossible. Le Real Madrid a finalement terminé sur la deuxième marche du podium, à un point seulement de son rival catalan. Avec sa moyenne de points engrangés, le double Z aurait mené la Maison Blanche au titre s’il avait débuté la saison sur le banc. Cette même saison, il est allé sur le toit de l’Europe en remportant la onzième Ligue des Champions du club, avant d’arracher la Supercoupe de l’UEFA face au FC Séville. Deux titres pour une première saison, il y a pire. Zidane a d’ailleurs commencé l’exercice 2016-2017 comme il avait terminé le précédent avec une incroyable série de 16 victoires consécutives en Liga, égalant au passage le record de Pep Guardiola.


Zidane a un objectif bien défini : remporter la Liga

Zinédine Zidane dispose d’un contrat qui devrait le maintenir au Real Madrid jusqu’en 2018. Celui-ci pourrait d’ailleurs bien être prolongé si le Français atteint l’objectif que lui ont fixé ses dirigeants cet été : briller sur la scène nationale et glaner le championnat. Si l’équipe est souveraine en Europe ces dernières saisons, elle ne brille plus sur ses propres terres. Une anomalie pour un club de ce standing. Il faut remonter à 2012 pour voir Sergio Ramos soulever la Liga. La Maison Blanche n’a remporté qu’une seule fois le championnat sur les huit derniers exercices. Zidane incarne à lui seul la volonté de renouer avec le succès cette année. Il a d'ailleurs axé toute la pré-saison vers cet objectif.

Pour le moment, ses ouailles sont sur le bon chemin. Le Real Madrid est leader de la Liga et c’est même la seule équipe encore invaincue toutes compétitions confondues en Europe cette saison.

Zidane, l’homme qui a su remettre de l’ordre dans le vestiaire madrilène

Plus qu’à de véritables tacticiens, les dirigeants du Real Madrid ont souvent donné les clés de leur équipe à des entraineurs décrits comme des meneurs d’hommes. Zinédine Zidane ne fait pas exception à la règle. Ce n’est pas forcément le genre d’entraîneur qui révolutionnera le jeu de son équipe, mais qui saura gérer les égos d’un vestiaire rempli de têtes d’affiche. A son arrivée, Cristiano Ronaldo voulait partir, fatigué de sa relation avec Rafael Benitez. James Rodriguez se cherchait une porte de sortie. Zizou a finalement réussi à les impliquer dans son projet et à remettre de l’ordre en coulisses. Notamment grâce à lui, Gareth Bale a prolongé son contrat, tandis que Cristiano Ronaldo y réfléchit. James Rodriguez et Isco sont impliqués sur le terrain quand ils jouent.


Le Français a par ailleurs fait confiance à plusieurs jeunes, avec satisfaction. Marco Asensio a réalisé un début de saison étincelant et Lucas Vazquez ne déçoit pas quand il entre en jeu. Autre décision forte, Zidane a définitivement installé Casemiro devant la défense malgré toutes les critiques dont il faisait l’objet. Le Brésilien est aujourd’hui un titulaire indiscutable de l’équipe.

Interdit de recrutement, le Real Madrid devra s’appuyer sur son centre de formations pour faire émerger de jeunes pousses dans les prochains mois. Personne d’autre que Zidane n’est mieux placé pour les dénicher. Et si Florentino Pérez n’est pas satisfait de son entraîneur, il pourrait réfléchir à deux fois avant de prendre une décision fatidique : aucun technicien de renommée mondiale n’est sur le marché. Le double Z répond pour le moment aux quatre conditions pour réussir au Real Madrid. Zidane n’envisage d’ailleurs pas l’échec : « Je suis content pour les 100 matches. Mais il reste toujours du temps pour apprendre, je suis content de ce que je fais et j’espère pouvoir rester très longtemps dans ce club. » Mais plus que n’importe qui, ZZ le sait bien au Real Madrid : le succès n’est qu’éphémère…