The Voice 2020 - Nessa : "J'ai l'espoir de faire évoluer les mentalités"

Dans “The Voice”, ce samedi 22 février sur TF1 : Nessa chante à la télévision et c'est rare pour une femme issue de la communauté gitane. Interview.

Pourquoi vous participez à The Voice ?

Le chant, c’est ma passion mais je suis issue de la communauté des gens du voyage et chez nous, les femmes ne chantent pas professionnellement, par pudeur, même si la musique est très présente dans les foyers. Traditionnellement, ce sont les hommes qui chantent à la télévision ! Il y a deux ans et demi, je suis tombée gravement malade. Pour moi, ça a été le déclic. Je devais me laisser une chance de faire carrière en participant à The Voice. Je n’ai pas forcément laissé le choix à mes parents. Si je ne peux pas le faire, je ne me soigne pas. Me soigner pour mener une vie qui ne me correspond pas ? Non merci. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Je me sens libre ! Quand je suis montée sur la scène des auditions à l’aveugle, j’ai senti que j’étais moi-même et à ma place, fière de moi.

Pourquoi les femmes gitanes n’ont pas le droit de chanter ?

Ce n’est pas qu’elles n’ont pas le droit. C’est plutôt mal perçu donc nous on se l’interdit . La réputation d’une femme est très importante dans la culture gitane. Le "quand dira-t-on" peut faire des dégâts. C’est un mode de vie où personne ne se plaint et tout le monde est heureux. Mais les femmes n'osent pas se mettre dans la lumière et faire la belle devant les caméras (rires).

Vous craignez de ne pas être soutenue par votre communauté ?

J’ai une petite appréhension de savoir comment elle va réagir après mon passage dans The Voice. J’ai la chance d’être très soutenue par mes parents qui m’ont accompagnée aux auditions à l’aveugle mais l’avis de ma communauté compte beaucoup. Je pense que les mentalités peuvent évoluer. J’ai beaucoup d’espoir. Je reçois beaucoup de messages de femmes qui me soutiennent et qui aimeraient, elles aussi, pouvoir trouver le courage de se lancer dans la musique. D’ailleurs, il n’y a pas que des femmes issues de la communauté gitane. Si je parle à une marocaine ou une indou , on va se comprendre . Je suis une féministe au sens large du terme...

L’an dernier, Tania avait déjà mis en lumière l’histoire des femmes gitanes. Vous avez suivi son parcours ?

Oui bien sûr, j’ai suivi son aventure et j’étais très fière de son courage. Sa participation m’a donné la force de m’inscrire. Son message est passé jusqu’à moi et je la remercie pour ça. Elle m’a aidé et j’espère qu’elle aura aidé d’autres femmes aussi. Pour la petite histoire, nous n’avons pas la même culture Tania et moi. Elle est tzigane et moi gitane. Tania a dû demander l’autorisation de chanter alors que moi non…

Que pensez-vous du parcours de Kendji ?

Kendji représente le vrai gitan de la communauté. Il pourrait être le cousin de tout le monde et nous représente vraiment bien. Il est la simplicité même et c’est un exemple ! Il nous a prouvé que rien n’était impossible. Un gitan peut aller très loin !

Vous avez chanté “La grenade” de Clara Luciani. C’est un texte de femme engagée...

Les paroles de cette chanson correspondaient au message que je voulais délivrer. La grenade, c’est d’abord un fruit, le fruit défendu. C’est aussi une grenade qu’on dégoupille. Clara Luciani a su trouver les mots qui résonnaient en moi.

Marc Lavoine, Pascal Obispo et Amel Bent se sont retournés à la dernière seconde...

C’est une grande victoire ! Je n’ai jamais pris de cours de chant donc je ne savais pas trop ce que je valais en tant que chanteuse. Le plus important, c’est qu’ils m’ont dit avoir été touchés émotionnellement. Si mon message a pu traverser leurs cœurs, j’ai l’espoir qu’ils touchent aussi les téléspectateurs. Mais j’ai eu très chaud ! J’ai vraiment eu peur qu’ils ne se retournent pas parce que je ne voulais pas avoir la honte et donner raison à une poignée de personnes qui pensent que je n’y arriverai jamais. J'avais aussi peur de décevoir une autre partie de la communauté qui m'encourage et me soutient .

Pourquoi avoir choisi Pascal Obispo ?

Parce qu’il est complètement barge, un peu en marge de la société. J’aime sa liberté artistique, son culot et je suis fan de lui tout simplement. Tout de lui me plaît et maintenant, je sais aussi qu’il a un cœur énorme.

Qu’est-ce que vous attendez de l’aventure The Voice ?

Moi je veux être une artiste populaire qui touche un maximum de personnes. Je voudrais faire du flamenco urbain, faire danser les gens mais avec des textes engagés. Dans mes rêves, j’aimerais qu’une maison de disques me produise un album que je chanterai dans des salles de concert pleine à craquer.

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