EXCLU QUOTIDIEN - Attentat de Nice : la faille de communication des policiers

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Quotidien - Attentat de Nice - Les politiques contredits par les éléments de l'enquête
Par Azzeddine Ahmed-Chaouch|Ecrit pour TMC|2017-03-08T14:23:10.783Z, mis à jour 2017-03-08T18:29:49.460Z

Quotidien a pu consulter en exclusivité des procès verbaux qui révèlent que les policiers municipaux et nationaux n’étaient pas en mesure de communiquer entre eux le soir du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais à Nice. La raison peut paraître invraisemblable : ils n’étaient pas branchés sur les mêmes ondes. Les policiers nationaux n’auraient ainsi pas pu mesurer immédiatement la gravité de la situation.

Ce sont trois documents qui mettent au jour une faille à peine croyable. Deux auditions de responsables de la police, et le rapport de l’IGPN, la police des polices, démontrent que les policiers municipaux n’ont pas pu prévenir les policiers nationaux, en temps réel, de l’arrivée du camion du terroriste. Ces pièces ont été versées à l’enquête pour mise en danger de la vie d’autrui, ouverte au lendemain de l’attentat de Nice, qui a tué 86 personnes et blessé 458 autres. 

Des policiers pas sur les mêmes ondes

Le soir du 14 juillet, les policiers municipaux (qui dépendent de la mairie), et les policiers nationaux (sous autorité du ministère de l’Intérieur), se partagent la surveillance de la promenade des Anglais et de ses abords. Lorsque le terroriste arrive à hauteur du croisement du boulevard Gambetta (voir carte) où est postée une équipe de la police municipale, cette dernière ne parvient pas à l’arrêter. Près de 200 mètres plus loin, une équipe de la police nationale est en faction au croisement de la rue Meyerbeer. Mais faille incroyable du dispositif, les policiers municipaux ne peuvent pas entrer en contact avec leurs homologues nationaux. C'est une commissaire de police, de permanence ce soir-là, qui va le révéler sur procès verbal. Interrogée le 29 septembre dernier, Elodie R. déclare :

Nous n’avons pas d’inter-opérabilité radio entre la police nationale et la police municipale. Nous n'entendons pas sur nos postes radio les ondes de la police municipale. Par conséquent la BST OUEST (NDLR : Brigade de la police nationale) n'a pas eu accès aux ondes de la police municipale en temps réel. 


En effet, cette équipe de la police nationale a dû attendre un message du PC opérationnel pour comprendre ce qu’il se passait. Et ce délai dans la communication expliquerait que les policiers nationaux n’aient pas pu intervenir immédiatement. C’est ce qu’avoue le supérieur de la policière qui a témoigné. Il s’agit de François B., commissaire, chef du service d’ordre public et de sécurité routière. Il s’en est également expliqué sur procès verbal, le 28 septembre : 

Les effectifs de la police nationale ont vu le mouvement de foule et le véhicule arriver sans savoir ce qu’il se passait, car ils n'avaient pas de liaison radio avec la police municipale.


Attentat de Nice : la faille de communication des policiers


Le camion poursuit ainsi sa course pendant près de 200 mètres, faisant encore de nombreuses victimes. Il cale devant le palais de la Méditerranée, et les policiers nationaux arrivent enfin à abattre le terroriste Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Cette anomalie dans la communication est également relevée par l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale, la police des polices. Le 30 décembre dernier, le commandant de police en charge de rédiger le procès verbal constate lui aussi le dysfonctionnement : 

Le premier équipage à avoir détecté le véhicule bélier était composé de policiers municipaux qui avaient dû en référer au PC opérationnel, lequel a répercuté l’alerte. La BST ouest (ndlr brigade de la police nationale) qui tenait à elle seule le point Meyerbeer (…), n’avait au moment du passage du camion pas pu recevoir l’information en temps réel.


C’était à la mairie de Nice de fournir le matériel

Des policiers qui ne peuvent pas communiquer entre eux, en temps réel, la faille est d’autant plus invraisemblable qu’une convention signée en mars 2016 entre le préfet des Alpes-Maritimes et le maire de l’époque, Christian Estrosi, avait prévu cette situation dans l'Article 21. 

Les communications entre la police municipale et les forces de sécurité de l’Etat (…) se font par une ligne téléphonique réservée ou par une liaison radiophonique, dans des conditions définies d’un commun accord par leurs responsables. La commune met à la disposition du Centre d’information et de commandement de la Police Nationale un émetteur récepteur.


Selon le document intitulé “Convention de coordination entre la police nationale et la police municipale de Nice, c’était donc à la mairie de Nice de fournir le matériel adéquat aux policiers municipaux.

Ces documents inédits ont été versés à l’enquête pour mise en danger de la vie d’autrui, enquête ouverte en parallèle de celle pour terrorisme. Dans un premier temps, le procureur de Nice l’avait classée sans suite, mais un juge d’instruction vient d’être désigné dans le cadre d’une information judiciaire.

MAJ : Contacté, le service de presse de la mairie de Nice a souhaité répondre :  "Lorsque l’alerte de l’arrivée du camion sur la promenade des Anglais a été donnée par le premier équipage de police municipale, le policier national présent au sein de la salle (NDLR : le centre de commandement) a reçu en temps réel le message, qu’il a immédiatement répercuté aux effectifs de la police nationale à travers la procédure qui appartient à ce service de l’Etat. "