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François Hollande et l'Afrique : son interview en intégralité

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Hugo Clément : Francois Hollande, son bilan
Par Hugo Clément|Ecrit pour TMC|2017-01-17T15:02:42.602Z, mis à jour 2017-01-17T15:05:33.937Z

Ce week-end, le président François Hollande était au Mali pour participer à son dernier sommet Afrique-France. L’occasion pour le chef de l’Etat de faire ses adieux au continent africain, qu’il ne devrait pas refouler avant l’élection présidentielle de mai 2017. En Afrique, et particulièrement au Mali où a eu lieu l’opération Serval, François Hollande est extrêmement populaire. Au micro d’Hugo Clément, il est revenu sur son bilan sur le plan international.

Hugo Clément : Le 2 février 2013, vous étiez à Tombouctou. Bain de foule après la libération de la ville par les forces françaises des mains des djihadistes. Vous avez dit à l’époque : “c’est sans doute le jour le plus important de ma vie politique”. Est-ce que vous le pensez toujours quatre ans après, et à quelques mois de quitter le pouvoir ?
François Hollande : Il y a eu d’autres événements après, d’ailleurs très douloureux pour notre pays. Et j’ai partagé la souffrance, l’émotion de beaucoup de compatriotes qui avaient été frappés par les attentats. Et donc je ne peux rien comparer. Mais c’est vrai que lorsque je suis venu à Tombouctou, à Bamako il y a quatre ans, nous venions de libérer un peuple d’une servitude qui était celle des terroristes. C’était une joie immense de voir des foules entières, des femmes, des enfants qui avaient été soumis à la barbarie, dire leur attachement à la France. Au-delà de ma personne, c’était la France qui était célébrée à ce moment-là. Et elle l’est toujours quatre ans après, mais ça n’a pas le même caractère. Le combat est long. Mais à ce moment-là, c’est tout un territoire qui se trouvait libéré, et c’était une ville, Bamako, qui se trouvait enfin protégée, grâce à la France, par rapport à des incursions terroristes. Et je me souviens encore des regards de tous ces Maliens à Tombouctou notamment. Parce que eux, ils avaient connu ce qu’était la terrible loi des terroristes. Ces terroristes avaient même détruit des mausolées, avaient atteint le cœur même de ce qu’est l’humanité dans cette ville. Ils avaient détruit des manuscrits très rares. J’avais vu qu’ils avaient été brûlés. Et je voyais dans le regard de toutes ces personnes qui m’acclamaient, qui saluaient les soldats français, je sentais qu’il y avait comme une reconnaissance. Et que l’on n’était pas dans une intervention comme il a pu y en avoir dans le passé en Afrique, pour soutenir tel régime, ou pour éviter, et c’était légitime, telle confrontation.

HC : Vous l’avez ressenti après, ce sentiment ?
FH : Jamais avec cette intensité. Parce que là, c’était très chaud. L’armée française venait d’intervenir. Nous avions eu des morts. J’ai évoqué la mémoire du premier mort, Damien Boiteux. Et à ce moment-là, des femmes enceintes ont donné le nom Damien Boiteux à l’enfant qu’elles attendaient. 

HC : Et il y a eu des petits François Hollande, vous pensez ?
FH : Vous en trouverez peut-être, cherchez ! En tout cas, je préfère que ce soit Damien Boiteux qui ait laissé son nom. 

HC : On a parlé de vous avec les chefs d’Etats africains, avec les Maliens dans la rue : que des éloges. Vous êtes très populaire ici. Finalement, est-ce que votre avenir politique, il n’est pas plutôt en Afrique qu’en France ?
FH : C’est la France qui est populaire, bien plus que ma personne. 

HC : C’est vous aussi, personnellement. “Hollande l’Africain”, on nous a dit. 
FH : Il faut que les Français soient conscients de ce que nous avons fait. Il y a trop souvent l’idée que nous partons faire des opérations extérieures pour je ne sais quel intérêt. Ou que ça permettrait au chef d'État d’être lui-même en situation d’autorité. Non, il ne s’agit pas de ça. Il y a un lien qui s’est créé. Ce lien, il est indissoluble. Et c’est vrai que moi, je l’ai ressenti encore aujourd’hui. C’est tout le continent africain, pas seulement les francophones, qui se sont levés pour saluer la France. Et c’était pour moi important. 

HC : Est-ce que ça vous convient que l’histoire retienne plus votre bilan international, notamment ici en Afrique, que le bilan intérieur en France ?
FH : Je ne dissocie pas l’un de l’autre. Ce que je fais à l’international, je le fais pour la France. Ce que je fais à l’intérieur ça a aussi des conséquences à l’international. Je vais prendre un exemple : si le pays n’est pas redressé économiquement, comment peut-il poursuivre son influence et son autorité à l’extérieur ? Si nous n’avons pas les moyens financiers de couvrir les frais que représente l’effort de défense, ça peut être la politique extérieure au service de la paix, au service de la sécurité. Donc il n’y a pas de différence d’approche. De même, les valeurs que je porte en France, de justice, d’égalité, de respect, de dignité, ce sont les valeurs que je porte à l’extérieur. L’idée qu’on aurait une politique extérieure que je déciderais rapidement et efficacement, et une politique intérieure qui serait fondée d’avantage sur le compromis, c’est une mise en scène, c’est un montage. Parce que ce que j’essaye de faire, et ce que j’ai fait depuis près de cinq ans, c’est que la France soit plus solidaire, en son sein et à l’égard du monde. Et aussi que l’on soit en sécurité. Car bien sûr, il y a ce que l’on a fait pour les Maliens, mais on l’a fait nous aussi ! Car s’il y a du terrorisme en Afrique, si en Libye, il y a une situation de chaos que l’on connaît, ça a quand même des conséquences pour notre propre sécurité. 

HC : Est-ce que vous voulez que votre successeur, quel qu’il soit, continue ce que vous avez commencé ici ? Est-ce qu’il faut continuer ce que vous avez commencé ici ?
FH : Oui, ce serait dommage pour la France, après avoir largement réhabilité son image en Afrique, après avoir contribué à porter des valeurs, après avoir assuré la sécurité, lutté contre le terrorisme... Je veux saluer tous nos soldats qui s’y sont consacrés. Il y a quand même des soldats qui sont morts pour cette cause, d’autres qui ont été blessés. Alors si l’on arrêtait ça, si l’on suspendait cet effort que l’on a engagé, si l’on altérait l’image que nous avons pu porter, alors oui, je pense que pour la France, ce serait une erreur, une faute même. Parce que pour ces peuples africains qui nous ont fait confiance, ce serait un abandon. Et pour les Français, une perte majeure de rayonnement, d’influence et de fierté. 

HC : Merci monsieur le président.