François Hollande s'exprime pour la première fois sur Donald Trump

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François Hollande s'exprime sur Donald Trump
Par Laure-Sarah SKENADJI|Ecrit pour TMC|2016-09-21T18:15:04.768Z, mis à jour 2016-09-22T07:58:36.184Z

L'Assemblée générale des Nations unies se tient en ce moment à New-York, où se rassemblent les chefs d’Etat du monde entier. Au micro de Martin Weill, François Hollande s'exprime pour la première fois sur Donald Trump et sa possible nomination en tant que président des Etats-Unis.

Interview de François Hollande :

M.W : Monsieur le président, on est ici pour couvrir les élections américaines. En tant que chef d’Etat, est-ce que c’est inquiétant de se dire que Donald Trump sera peut-être le prochain président des Etats-Unis ?

François Hollande : Ce n’est plus une hypothèse, ce n’est plus une éventualité. C’est une possibilité. C’est même pour certains une probabilité. On fait comme s’il n’y avait jamais de menace, comme si le peuple bien informé allait prendre la bonne décision. Mais la démocratie peut aboutir à des choix que l’on avait pas forcément prévus. 

M.W: Ce serait inquiétant d’avoir Donald Trump comme interlocuteur dans ce genre d’assemblée ? Ce serait inquiétant d’avoir un homme comme ça à la tête de la plus grande puissance du monde ? 

François Hollande : Regardez le Brexit. Tout le monde pensait que c’était impossible que les Britanniques s’en aillent de l’Union européenne. Pourtant ils ont décidé de partir, avec des arguments souvent infondés. D’ailleurs, même les porte-paroles de la campagne du Brexit n’ont pas voulu accepter les conséquences du choix. Aujourd’hui, quand on entend les propos de Donald Trump qui fait la confusion permanente entre immigration et terrorisme et qui utilise l’islam d’une certaine manière, on pense que ce n’est pas possible qu’il soit élu aux Etats-Unis. Mais en France, ce n’est pas possible qu’il y ait un parti d’extrême droite qui soit le premier dans les scrutins que l’on a connus ? Ce n’est pas possible d’avoir des dérives du discours ? Ce n’est pas possible d’entendre des propos qui laissent penser qu’il faudrait suspendre la Constitution et les conventions internationales ? Il n’y a pas besoin d’aller aux Etats-Unis. Regardez ce qu’il se passe en Allemagne : un parti d’extrême droite fait presque autant que le parti de la Chancelière dans certaines régions. Ne regardons pas les Etats-Unis comme si c’était une hypothèse épouvantable. Ça aurait des conséquences. Mais le populisme, ça existe partout. 

M.W: Comment expliquez-vous que les populistes de droite et d’extrême droite, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, séduisent autant de public ?

François Hollande : Parce qu’il y a la peur. Parce que lorsqu’il y a la terreur, lorsqu’il y a des attentats, lorsqu’il y a des guerres, lorsqu’il y a des réfugiés, des immigrés qui viennent, une partie de la population, on peut la comprendre, prend peur, s’interroge, se demande s’il faut tout fermer, tout verrouiller, et s’il ne faut pas s’en prendre à une religion plutôt qu’à une autre. Il y a cette peur. Cette peur doit être dominée. C’est le rôle des responsables politiques et des hommes et des femmes d’Etat de se dire : quelle est ma responsabilité ? Peut-être ne serai-je pas écouter autant que je devrais l’être, mais je dois prévenir, je dois alerter. Non pas qu’il ne faille pas prendre des mesures de protection et de sécurité, on en a pris beaucoup de ces mesures en France, mais la démocratie c’est le bien commun essentiel. Et la France et les Etats-Unis sont deux pays de tailles différentes, mais qui ont une histoire qui à un moment, a été commune : l’histoire de nos propres révolutions. Des révolutions ont été fondées sur la liberté, le droit,la démocratie et l’égalité. Ca n’a pas été fait tout de suite, il a fallu s’y prendre pendant des décennies, mais quand on a ce message et cette histoire là, on doit être à la hauteur de son histoire et de sa réputation.